210 – Le crop circle

De Liska

Elle sait pas où elle met les pieds mais sa curiosité la pousse à s’y rendre ce matin là, alors que le vent souffle, qu’on sait pas si la pluie tombera, et que c’est en plus dans un champ en dehors du village.
Et puis avec sa hanche réparée Joséphine elle a une béquille depuis cette maudite chute de la marche, « c’était pourtant pas bien haut ».
Et puis vous savez à un certain âge on ne se répare pas comme quand on est jeune.
Alors elle a sorti sa Renaud cinq du garage, elle sort plus beaucoup la renault cinq, faut dire qu’en ville y ‘a pas grand chose à voir. On est aussi bien chez soi au jardin, ou dans sa cuisine pour les bocaux.
Et puis il y a la voisine, le village, il s’est calmé le village au fil des années, mais il y a cette lumière.
La lumière de son enfance, et que cette lumière, elle la retrouvera sûrement dans ce champ, comme quand elle y travaillait.
Elle peut plus aujourd’hui.. maudite hanche.
Et puis, les jeunes ici, ils se sont donné tant de mal, ça a bien parlé au village.
Des fous qu’ils disaient les gens.
Une fête dans le champ, il y a les extras terrestres et tout ça. Des coupeurs de blés, comme autrefois. On va dessiner des cercles il parait.
Un truc extraordinaire, y aura du monde, du monde…. ça se passe dans le champ de Perdereau.
Mais Joséphine les fous elles les aiment bien. De la jeunesse ça fait du bien.
Et puis ça réveille le village.
Et puis elle est curieuse.
Et puis il a la lumière d’avant c’est sûr…
Alors elle a pris sa renault cinq et elle va dans le champ.
Oh il n’y a pas grand monde, ça viendra certainement dans l’après midi.
Descendre est pas facile pour Joséphine, la terre, la boue, le chemin creux avec une béquille c’est pas simple.
Mais il faut qu’elle sache de quoi il parle tous au village.
Et puis il y a la lumière.
Il y a la fille qui est la dans le champ, elle passe avec sa béquille, et dit bonjour…
Y’a pas grand monde, ça viendra dans l’après midi, au moins elle est tranquille.
Et elle est restée une heure, parcourant au travers des traces en cercles, chaque cercle.
Elle gène la béquille, elle se prend dans les épis.
On voit pas où on pose les pieds.
« c’est un labyrinthe, comment on sort? »
Alors elle suit les traces, doucement… Le vent, les nuages, les sons redonnent des impressions. Le blé comme la mer. Ce bruit si particulier du frottement des barbes du blé.
Et les insectes.
Puis elle retrouve la sortie de la chose.
Les martiens où ils sont?
Y ‘a pas grand monde c’est certain, mais ça viendra dans l’après midi.
La fille est encore là, elle attend le monde et les visiteurs.
« j’ai retrouvé les lumières et les odeurs de mon enfance. »
Voilà ce qu’elle a dit en partant.
Joséphine elle n’est pas très bavarde.
Elle serait bien restée mais elle fatigue maintenant, et puis le midi approche, et y’a le jardin à s’occuper.
Demain je reviendrai.
Liska