170 – Dans l’ombre de la fonderie II

De Mona Renard

Mercredi 23 février 2011

MANUEL EST REVENU.

Manuel est revenu ; un matin tôt ? Un soir tard ?
Comme à son habitude et comme j’ai pu le voir un soir, un taxi l’a déposé devant sa maison.
Sa valise en carton, oui, en carton est si légère que je peux oublier la valise dans ma description !
Depuis quand est-il revenu ?
Je ne me suis aperçue de rien et pourtant je guettais un indice : toujours pas de lumière, toujours pas de volets ouverts, pas de bruit de moteur à six heures du matin.
C’est Serge qui m’a dit « il est revenu! ». Assez des vacances au Portugal lui a t’il signifié d’un geste de la main. Il va reprendre les jardins qu’il faisait les jours de congé et attendra de vendre sa maison.
Moi, j’ai entendu : « Il a le mal du pays ! »

Mais quel pays?

J’ai croisé Manuel ce matin, longeant sa façade, le pas vacant.
Il regardait sur son mur une petite chose que je n’ai pu voir et qu’il chassait de la main.
Il chassait aussi ma présence du regard, je l’ai abordé cependant.
Tout en lui s’excusait d’être là…
Oui, il est revenu. Oui, il va mettre sa maison en vente dans deux semaines…( deux semaines ?). Il va travailler pour payer les frais de deux maisons…Sa famille ne veut pas venir.( Il parle toujours pudiquement de sa femme)
« _Vous, vous resteriez bien là ?
_…Mouvement d’épaule, air gêné puis il décide de répondre :
_Je suis habitué…Peut-être que de vendre la maison demandera deux ans…( comme un espoir) Après, je retournerai là bas ! »

Comment porter un peu de son désarroi ?