023 – Hier à la Médiathèque Beauce et Gâtine…

De Marie-Françoise Pouleau

A chaque manifestation organisée à la Médiathèque « Beauce et Gâtine », les filles m’attrapent par le bout du stylo avant de partir. « Tu nous feras bien un petit compte-rendu… ». Mais oui, les filles je vais vous, et me faire, ce petit plaisir

Oui, mais là ! Difficile à raconter, c’est bien au-delà de ce qu’on pouvait imaginer. On ne sait pas bien comment ça pu arriver. A Selommes, vous vous rendez compte ? Non, pas trop. Enfin, ça dépasse l’entendement. Et pourtant… Ah ! Cette fois il va falloir choisir ses mots, impossible pour un tel événement de puiser dans le vocabulaire ordinaire. Dans quel champ lexical va-t-on aller moissonner ? Un mot valise peut-être ? Un terme médical savant ? Un concept philosophique révolutionnaire ?

Il faut en venir aux faits évoqués mais non explicités auxquels se sont intéressés avec juste raison les journalistes de France Inter.

A l’origine du projet, on reconnaît la farouche volonté des « Amazones aux voitures jaunes » dont l’unique ambition est de véhiculer la culture. Déterminées à employer tous les moyens pour augmenter de manière exponentielle le nombre des adhérents et après avoir cherché une méthode infaillible pour arriver à leurs fins, elles se sont tournées vers d’éminents spécialistes du corps médical.

Au cours de ces dernières années et dans le plus grand secret, elles ont expérimenté avec plus ou moins de succès des potions et autres philtres (alcoolisés ou non). Après de longs mois d’errance et de doute, un breuvage a donné des résultats prometteurs. Transformé en liquide injectable, commercialisé sous le nom de « bouillon de culture » il détruit les neurones de l’obscurantisme et donne le goût et l’envie de s’adonner à toutes les formes de culture !

C’est ainsi que se sont présentés à la Médiathèque Beauce et Gâtine plusieurs centaines de volontaires qui ont délibérément dévoilé la partie la plus charnue de leur anatomie pour se faire injecter le précieux vaccin.

A l’issue de cette mémorable matinée, les responsables ont pour leur action novatrice reçu « l’Ordre du mérite culturel universel et intergalactique ». Après les précautions d’usage, on pense que l’expérience pourrait s’étendre au règne animal qui aurait ainsi accès à la culture…

Je vous l’avais bien dit que ce qui s’est passé à Selommes était énoooooooorme, incroyaaaaaaable.

C’est tellement vrai « qu’ils » l’ont dit sur France Inter ! D’ailleurs une autre séance de vaccination gratuite est prévue en février, se faire inscrire à la Médiathèque.

022 – 10 moi 10 mots

De Marie-Françoise Pouleau

Un gai rossignol attiré par la douceur du climat selommois vint un jour élire domicile au cœur d’un arbuste que l’hiver ne déshabillait pas.
Il s’installa du côté où le soleil se montrait le plus généreux se félicitant chaque jour d’avoir trouvé une si accueillante maison. A proximité, un buisson épineux se couvrait dès le printemps de fleurs roses et blanches très odorantes. Ah ! Qu’il était heureux chantant dans le feuillage, faisant des vocalises, jodlant comme le lui avait appris un lointain cousin suisse ou peut-être autrichien.
Un doux soir d’été alors que les oisillons avaient quitté le nid, il entendit un grand fracas et vit se poser dans la proche prairie, un grand chapiteau et des roulottes colorées qui dessinaient une gigantesque mosaïque sur l’herbe tendre. Un cirque venait de s’installer.
Prudemment il s’approcha d’une cage et vit à travers les barreaux un animal inconnu qui sautait, faisait des cabrioles et semblait avoir quatre mains.
Quel était donc cet énergumène privé de liberté ?
Très curieux de nature, il se percha sur un piquet et observa les enfants plantés devant la prison du drôle d’animal. Ils égrenaient des noms bizarres qu’il ignorait; mais il savait que son vocabulaire se limitait à celui de la gent ailée et que bon nombre de mots savants (dont inconstitutionnalité…) lui étaient parfaitement étrangers. Les petits visiteurs se mirent d’accord pour attribuer à l’occupant barricadé le nom de « babouin ».
Il revint plusieurs fois, le babouin le reconnut. Du bec de l’oiseau sortait des bouquets de notes que le babouin saluait de savantes pirouettes. Ils étaient devenus amis. Un vif et magnifique sentiment était entre eux !
Hélas le cirque repartit, les amis durent se séparer. Le rossignol en perdit jusqu’à son appétit d’oiseau… Quelques jours plus tard au pied d’un grand sapin, il rencontra un animal à la fourrure grise qui se déplaçait avec élégance et le fixait d’un regard perçant derrière ses paupières mi-closes.
Privé de l’affection du babouin, il pensa que dans sa grande miséricorde l’Ange ailé lui envoyait un nouvel ami. Il s’approcha plein d’espoir, le chat allongea la patte et le… mangea !

021 – Le TGV

De Marie-Françoise Pouleau

Gare de Vendôme tôt le matin, le hall s’emplit de voyageurs impatients. Les méthodiques se dirigent droit vers le composteur qui leur délivre son cliquetis de satisfaction. Les inquiets lèvent vers l’horloge électronique des regards dubitatifs et interrogateurs. On reconnaît les habitués à la façon autoritaire qu’ils ont de faire obéir les valises récalcitrantes. Les plus hardis, grands voyageurs promènent comme des trophées leur sac à dos avachi et leurs bagages ventrus bardés d’étiquettes aux destinations lointaines. Très à l’aise les « tégévistes » tout auréolés de leur statut grimpent allègrement les marches de l’escalier en balançant négligemment leur attaché-case.

Après un retentissant avertissement, les portes se ferment avec fracas, le TGV s’élance… Aussitôt surgissent du fond des valises, des sacs, des poches presqu’autant de téléphones portables, de tablettes, d’ordinateurs …que de voyageurs. Quelques-uns ignorant les sirènes informatiques parlent à mi-voix et dans un « carré » (d’irréductibles sans doute) on joue même au tarot. « Fenêtre » et « couloir » discutent de l’opportunité de vendre des actions, de restructurer l’entreprise, de s’implanter en Chine et même de s’expatrier pour échapper à la conjoncture. Un bébé somnole sur les genoux de sa maman qui lui parle doucement craignant qu’il ne s’éveille au milieu de ces adultes affairés. La porte du fond coulisse, la casquette du contrôleur surgit.

«Vous êtes arrivés à Paris gare Montparnasse »… Une lumière artificielle accueille les voyageurs surpris par le brouhaha qui suit le bercement du train. Les rames déposent leur flot d’hommes et de bagages sur un quai dont le bout semble leur échapper. La valse des roulettes telle une sourde symphonie pousse les instrumentistes vers la sortie. La même inquiétude, les mêmes espoirs les emportent vers les entrailles de la terre. Ceux qui sont arrivés, attendus, rayonnent soulagés d’avoir atteint leur but. Ils se congratulent et s’embrassent sous les gigantesques tableaux où s’enroulent et se déroulent horaires et destinations.

Métro Paris
Les escaliers, les couloirs interminables, sombres et nauséabonds n’offrent pour part de rêves aux gens pressés que leurs panneaux publicitaires. Les valises y sont pesantes, les regards un peu angoissés. Les stations aux noms illustres à force d’être lus s’embrouillent sur les plans muraux. Où vont toutes ces fourmis ? Les SDF s’intègrent dans le glauque décor de l’indifférence. Le bruit surgit, tonnerre souterrain qui fait trembler jusqu’aux voûtes des labyrinthes. Une ouverture noire au détour de quelques marches annonce un nouveau quai. Nouveau départ…

020 – Mon jardin en été

De Marie-Françoise Pouleau

Dimanche 2 août après-midi

L’ombre du cognassier est d’une grande générosité , ses feuilles larges et épaisses ne se laissent pas traverser par les ardents rayons et le moindre souffle les agite.Ses fruits charnus et pesants entraînent le bout de ses branches vers le sol dessinant sur l’herbe jaunie un cercle sombre au contour incertain et changeant. C’est là qu’est installée les beaux jours revenus, une chaise longue qui ne sert qu’épisodiquement car comme le temps en été ses éventuels occupants sont capricieux et peu disposés à s’y étendre.
A droite, l’olivier fait miroiter au ciel son feuillage argenté et balance élégamment ses branches fines et souples à la lisière du potager qui cette année a été abandonné.Quelques sauges rouillées, des physalis exsangues et fripés étonnés d’avoir survécu, des fleurs de valériane qui ont laissé place à leurs graines soulignent l’allée qui descend vers les framboisiers.
Le portillon -trois traits horizontaux, une diagonale- encadré de ses deux modestes piliers de briques clôt le mur de pierres, patiente mosaïque. De l’autre côté de la cime touffue des grands vieux arbres du parc parviennent les conversations plus ou moins discrètes des volatiles habitants .
Un petit pan de la grande maison laissent émerger de son pignon deux cheminées jumelles. On sait sans le voir que le clocher est là tout près.
Une grande bâtisse aux volets rouges barre l’horizon de son étage aux fenêtres encadrées de briques. Elle a longtemps abrité l’épicerie et aussi l’enfance partagée de mon amie..
Un petit arbre a été planté récemment entre la maison blanche -qui y habite ? fermée depuis longtemps déjà – et le grillage de la clôture. Le cyprès candélabre d’ un vert profond sans fantaisie aligne sa verticalité sur la gouttière et caresse les tuiles de la toiture. L’ombre se fait dentelle au dessus des volets écaillés.
De l’autre côté de la rue qui ne prend vie qu’au passage des véhicules, l’abri-bus bois et tuiles, vitrine colorée du conseil général ( pardon départemental) offre son joli petit préau aux rendez-vous des ados qui apprécient particulièrement son banc.
Au-delà une sorte d’auvent prolonge sur un côté une longue étendue de toit gris. Curiosité architecturale ? Une sorte de petit balcon en fer forgé s’avance sous le toit . Palier d’un grenier qui a perdu son échelle ? Coquetterie du propriétaire ? Entrée discrète pour voyageurs attardés ? Cette grande maison aux nombreuses chambres était un commerce…Une petite grange dont on n’aperçoit que l’extrémité prend ses aises dans la cour.
Au bout d’un long mur un haut pignon témoigne publicités à l’appui de son activité passée.
Au premier plan, le puits de pierres du jardin présente le maigre squelette de sa manivelle qu’aucun rondin de bois ne vient plus envelopper.La chaîne pend tristement dans le chaudron de métal que les fleurs ont délaissé.
Sur leur fil, les touches colorées des pinces à linge dansent gaiement selon le tempo du vent sans se soucier du vieux poirier ridé et amputé qui laisse parfois s’échapper un fruit immature.
Dernières vacances au jardin familial , il me faut en graver les moindres contours mais je sais qu’ils sont à jamais ancrés dans ma mémoire. Le désir et le besoin d’un autre horizon ne peuvent effacer les souvenirs d’une vie qui s’avance……Alors c’est sans regrets mais avec nostalgie….

018 – La vie d’un déporté dans les camps

De Isabelle Klausmanovaleck-Pally

Jean Pally est né le 16 août 1910 à Villetrun, petite commune au nord de Selommes, et décédé le 3 février 2003 à l’âge de 92 ans. Il fût déporté en Allemagne dans des camps de concentration pendant 27 mois aux camps de Bergen-Belsen, Pennemüde, Büchenwald et Dora en 1943.

Il habitait Selommes où il travaillait au silo. Pendant l’occupation allemande, des wagons de blé partaient de ce lieu pour l’Allemagne.

Les employés du silo devaient charger ces wagons et mon grand-père, bon patriote, n’admettait pas que la France livre son grain qui profitait à l’occupant, c’est pourquoi il employa la méthode suivante :

Perdre le blé et la farine en cours de route, de sorte qu’il n’en resta que très peu dans les wagons.

Le chargement se faisait en sacs. Il coupait un fil du sac et celui-ci s’ouvrait petit à petit si bien que le blé passait à travers le fond du wagon qui n’était pas étanche.

En Allemagne, en arrivant, il ne restait guère que 9 à 10 quintaux de blé dans ce wagon, au lieu de 200 au départ.

Pour le chargement en vrac, poursuivant ses sentiments patriotiques, il eut une autre méthode. L’intérieur des wagons était rendu étanche par une bande de papier déployée tout autour. Il avait trouvé qu’en laissant la paroi et le papier un certain vide dans les coins, celui-ci se déchirait à la faveur des coups de tampons pendant le transport.

Sachant que les wagons étaient plombés avant le départ, ils interrogèrent les employés du silo, chargés du chargement afin de trouver le coupable.

Les allemands offraient une prime de 5 francs à celui qui dénoncerait le coupable. C’est donc ainsi que mon grand-père fut dénoncé, arrêté et emmené à la prison de Vendôme, puis Blois.

L’interrogatoire commença.

Avec grand courage et fermeté, il nia les faits dont il était accusé et préféra se faire passer pour un voleur pour ravitailler en farine les Selommois.

De Blois, il fut conduit à la prison d’Orléans où commencèrent les tortures pour le faire avouer. Mais il ne céda pas !

Il fut transféré à Compiègne dans l’Oise où il resta de Mars jusqu’au 26 juin 1943. Compiègne était un camp d’internement pour la persécution. Il commença à souffrir de la faim et il arracha les pissenlits qu’il pu trouver.
De Compiègne, il partit pour l’Allemagne. Il est parti par le premier convoi de Français pour le camp de Buchenwald où la vie infernale devait commencer.

Le voyage dans les wagons à bestiaux fût horrible, les hommes y étaient entassés et serrés, il y avait des cas de folie qui se déclaraient, puis il s’étranglaient entre eux !

A l’arrivée à Buchenwald, ils étaient « accueillis » à coups de bâtons et étaient mordus par les chiens des S.S. Ou même des ours.

Les S.S. Leur disaient :

« Vous n’êtes pas venus ici dans un sanatorium ! Mais dans un camp de concentration allemand, on ne peut sortir d’ici que par la cheminée ! Vous pouvez vous jeter sur les fils de fer barbelés électrifiés ! »
Il ne porta plus son nom, mais eu un matricule 22891.

Ce matricule servit pour le camp de Dora.

Les appels ne se faisaient que par ce numéro, qu’il ne savait pas parfois reconnaître, cela lui valut des coups de « schlague » (tuyau de caoutchouc d’environ 1 m de long garni de fils d’acier), cela lui fit mal, il devait compter 25 coups en allemand, il eut des cicatrices. Cela se passait pendant l’appel devant tous les déportés.

Les S.S. Se reléguaient pour frapper plus fort. Cela entraînait l’évanouissement et une humiliation très profonde chez les prisonniers.

Mon grand-père ne resta que cinq mois à Büchenwald. Le travail y était très dur à la carrière et la nourriture extrêment réduite et insuffisante. Il y était rentré le 29 juin 1943, et fut dirigé vers le kommando de Pennemüde jusqu’à fin juillet 1943.

Les allemands avaient décidés de construire le terrible camp de Dora où l’extermination par le travail forcé et les privations étaient sévèrement appliquées.

Suite au bombardement de Pennemüde le 15 août 1943 il alla à Bergen-Belsen du 15 août jusqu’au 13 septembre 1943.

En arrivant le 13 septembre 1943 à Dora, c’est un champ de betteraves qu’il vit. Le camp se construisit pour recevoir de nombreux convois de déportés qui venaient combler les pertes et grossir l’effectif.

Puis ce fut le travail pour creuser le tunnel de l’usine souterraine qui fait 1750 de long sur 176 m de largeur.

Pendant quatre long mois, mon grand-père avec d’autres déportés y piocha dans la terreur et les souffrances inimaginables, les prisonniers devaient travailler de longues journées de 12h à 14h de travail avec peu de nourriture.

Cette nourriture se traduisait par une ration journalière d’un petit carré de mauvais pain, un peu de soupe le midi et le soir, avec souvent pas même un récipient pour la boire. Il trouvait une boîte et fallait se débrouiller. Au bout de 4 mois, il est sorti du souterrain, c’est l’hiver, avec toute sa rigueur en ces lieux et il neigeait.

Beaucoup moururent terrassés par le foid ; certains devinrent aveugles. Mon grand-père s’était déclaré mécanicien espérant ne plus travailler comme terrassier. Lorsque l’usine de Dora fut en marche, il y travailla (pas de gaieté de coeur), c’était ça ou la pendaison !

Il devait fabriquer des V1 et des V2, des armes redoutables des type de fusées destinées à être lancées sur la Grande Bretagne en particulier sur Manchester ou Londres.

Malgré la discipline et la surveillance des S.S., les déportés sabotaient cette fabrication. Sur 25 fusées imposées par jour, il y en avaient 20 qui ne fonctionnaient pas, car des boulons étaient dévissés à l’intérieur lorsque les S.S. avaient le dos tourné.

A Dora :

Les déportés se levaient tôt pour être prêts à partir au travail à 6h du matin et ne revenaient qu’à 19h ou 20h, et c’était l’appel interminable qui durait 2 heures, même plus dans le froid, la pluie, la neige.

Des déportés qui étaient ingénieurs sont parvenus à soustraire du matériel rudimentaire et ont construit un appareil récepteur radio pour avoir les nouvelles de l’extérieur. Pour beaucoup de détenus, l’appel, c’était la délivrance par la mort. Epuisés par le travail, sans relâche et l’insuffisance de soins, des squelettes humains s’effondraient sans même un murmure. L’appel terminé, l’ordre était donné de regagner les baraques. Ils se couchaient par 4 ou 6 sur les lits de bois « pitre » paillasse quand elle existait. Pour beaucoup, ce n’était qu’une maigre litière de paille en « miettes » sans chauffage et privés d’eau.

Ils se serraient dans cette horrible niche pas même digne d’un chien. Il y avait les épidémies qui causaient d’énormes ravages et les soins médicaux étaient absents, pas d’hôpital, mais seulement les revier (infirmerie) où il ne valait pas mieux aller.

Le camp de Büchenwald s’est libéré tout comme celui de Dora le 11 avril 1945.

Les usines de guerre, les bâtiments des S.S. et les S.S. eux-mêmes furent pratiquement tous détruits.
Après ces 27 mois de cette terrible épreuve ; mon grand-père a été l’un des quelques survivants qui sont revenus (250 000 déportés à Dora pour 38 000 seulement qui sont revenus). Et dans quel état de santé !

Mon grand-père arriva à Selommes le 1er mai 1945.

Si dans le camp, la souffrance de la faim était terrible, le froid l’était d’autant plus, car les vêtements ne protégeaient guère. L’habit qu’il a rapporté des camps avec lui : il est froid, fabriqué en fibres de bois et très sombre.

Anecdotes de mon grand-père

Un jour, mon grand-père avait pu se procurer un pull-over en échange de nourriture dont il s’était privé : un droit commun vient lui prendre. Il a dû se défendre et se battit. Un responsable de barraque le protégea, mais il ne garda pas son pull.
Un jour un S.S. le surprit avec 3 beaux oignons qu’il venait de « chaparder ». Il semble indulgent, mais la punition fut très sévère, car il le condamna à manger les 3 oignons crus de suite et sous ses yeux.
Il assista à la pendaison de 52 détenus sur la place de l’appel en présence du camp entier.
Pendant sa déportation, il n’a reçu que deux colis en partie pillés de tous ceux que sa femme lui avait envoyés. Beaucoup d’épouses se privèrent pour un tel résultat.
Il a vu prélever de la chair humaine sur des morts pour assouvir la faim d’autres détenus. L’évasion était impossible !
Les douches étaient froides et même glacées ou brûlantes.
Pendant sa détention, il eu la diphtérie et mangea du charbon.
Quelques temps après sa libération des camps, où il avait séjourné en Allemagne, il a revu le gars qui l’avait dénoncé, mon grand-père l’a reconnu, mais le gars a pris ses jambes à son cou et s’enfuit rapidement. « On ne su jamais son nom, seul mon grand-père le savait ».

Avant d’être arrêté, mon grand-père pesait 75 kg et au retour celui-ci faisait 35 kg (40 kg en moins).

A son arrivée, presque tous les habitants de Selommes l’accueillirent la gorge serrée. Il était marqué moralement par ce long marthyr enduré, ayant conservé la marque des coups. Lorsqu’il est rentré, mon grand-père avait très faim. Le Docteur Cadillac lui a dit qu’il fallait qu’il mange par petites quantités autrement il mourrait sous peu, et mon grand-père a répliqué « J’aurai dû rester crever dans les camps ». Il lui fallut une réadaptation alimentaire, mais la vie a repris petit à petit.

Ce fût un plaisir d’écouter ce qu’il a pu endurer, pendant ces 27 mois de souffrance. Le camp de Dora était le plus dur m’a-t-il toujours affirmé.

Conclusion de sa petite-fille.

Je n’avais que 8-9 ans, j’étais petite, pour comprendre ce qu’il a toujours évoqué à notre famille. Le mannequin et le gros livre « Impossible oubli » et la « Déportation » m’ont rapprochés de ce que sont la souffrance de la vie concentrationnaire et c’est pourquoi à la mémoire de mon grand-père, j’ai voulu faire et pris l’initiative de présenter une exposition à Selommes « Créer pour survivre » pour la première fois.

Pendant les deux mois avril et mai 2015, j’ai eu le plaisir de transmettre à des gens qui ont bien connu ou peu connu mon aïeul, qui est parti voici 12 ans.

Selommes Isabelle Klausmanovaleck-Pally mai 2015

017 – La charcuterie

De Marie-Françoise Pouleau

A mi-côte de la rue du « Bout des haies » (comment a-t-on pu en arriver là …) se trouve l’ancienne charcuterie. Elle a gardé son architecture de commerce et on peut penser qu’elle eut son âge adulte.
Le temps a trouvé là une façade accueillante et l’a parée de toute la laideur d’une vieillesse à l’abandon. Il y a imprimé ses griffes, mettant à nu des rides si profondes qu’elles ont pénétré le cœur du mur devenant ainsi impossibles à combler.
Une grande grille rouillée dessine des losanges sur la porte d’entrée et la vitrine. Accordéon de métal qui rythmait les heures d’ouverture de son cliquetis, elle n’est plus qu’un frêle rempart qui n’a rien à défendre. Au-dessus d’elle, un long rectangle de plastique gris délavé avait porté haut le nom du commerce, c’est à dire la charcuterie RETIF –COYAU installée au pignon d’une maison vaguement bourgeoise bordée d’une cour qu’un portail clôturait. Madame Rétif était peut-être la fille des anciens propriétaires, avait-elle épousé le commis de ses parents ?
Ce double nom figurait sur les papiers transparents ornés de cochons ravis de finir leur triste vie dans une si bonne charcuterie, ils protégeaient la viande et ignoraient le bisphénol. Cette appellation donnait à Madame Rétif un statut particulier : elle était reconnue dans ses fonctions et devenait ainsi l’alter ego de son mari. Elle y était en effet officiant dans la boutique tandis que son mari au volant de son « 1200 kilos Citroën » gris ravitaillait les ménagères du canton –qui comptait alors 16 communes…- après avoir prévenu de son passage à grands coups de klaxon.. Chez nous il « passait » le mardi et c’était la fête. Mon grand-oncle qui l’avait connu enfant l’appelait Charles et lui demandait des nouvelles de sa nombreuse fratrie. Il avait été l’ami de ses parents et avait vu grandir tous les enfants dans l’atelier de charron des Rétif où il allait quelquefois donner un coup de main. Sa plaisanterie favorite consistait à lui demander très sérieusement s’il faisait toujours l’andouille…Il en faisait effectivement de délicieuses qu’il vendait crue finement hachées sous une épaisse peau blanche. Il fallait les cuire d’abord dans l’eau bouillante puis les dorer dans le four de la cuisinière. Quel délice accompagnée de purée de pommes de terre !
Les souvenirs bien que vivaces s’estompent et il se pourrait que les images soient un peu déformées.
Pour entrer, il suffisait de pousser la porte vitrée dont l’ouverture actionnait un carillon ou une sonnette enfin un signal sonore qui avertissait de la présence d’un éventuel client. Madame Rétif entrait par une porte située dans le fond de la boutique et s’avançait sur le carrelage rouge ? Noir et blanc ? Fait de dessins géométriques ? Etait-ce une banale porte ou agrémentée des petits carreaux de couleur ? Vivement refermée, elle ne laissait rien voir de ce qui se trouvait derrière. La petite pièce était très fraîche pour ne pas dire glaciale en hiver.
La commerçante était une grande belle femme, d’une classe indéniable. Le soin qu’elle apportait à sa coiffure, à ses vêtements et la blancheur immaculée de ses tabliers témoignait d’une exigence peu commune. Sa voix était posée, un peu grave et c’était sur un ton très poli qu’elle s’enquérait des désirs du client.
Une armoire frigorifique en bois posée contre un mur annonçait sur une étiquette dorée le nom du fabricant. Les lourdes portes s’ouvraient en tirant vers soi une poignée longue se terminant par une sorte de crochet. A l’intérieur les morceaux de viande accrochés aux fameux « esses » des mots croisés attendaient qu’on leur fasse l’honneur de les choisir.
Au-dessus de la table de découpe dont le marbre aurait pu accueillir les plus délicats invités, les instruments rutilants nécessaires au découpage étaient alignés. Couteaux, scies, paltret ainsi qu’on appelait cette lame rectangulaire à manche court destinée à séparer d’un coup sec les articulations attendaient la main experte de la charcutière. La trancheuse à manivelle ( ?) traçait dans le jambon de longs sillons, les tranches bordées de couenne, ourlées de blanc au goût de noisette tombaient sur le papier prestement saisi et enroulé, elles étaient alors pesées. Le plateau de la balance tressaillait et l’aiguille montait lentement vers un réseau de savantes graduations, un sophistiqué tableau à double entrée qui bien maîtrisés permettaient de connaître et le poids et le prix. Pour ne pas risquer de s’embrouiller dans ce labyrinthe, il convenait d’un air pénétré de suivre avec le crayon à papier (qui quelquefois surgissait de derrière l’oreille) les bonnes pistes afin d’arriver à la bonne intersection et d’un geste ample d’écrire le prix sur un coin du papier.
La transformation de la viande en diverses charcuteries se faisaient bien entendu sur place. Les porcs qui ne venaient jamais de très loin étaient grassement nourris ce qui donnait au lard et au saindoux qui arrivait quelquefois sur les tartines un goût incomparable. Les pâtés présentés dans les terrines embaumaient le magasin, le pâté de tête parsemé de persil offrait sa mosaïque de gelée et de morceaux rosés et blancs. Les boudins blancs émaillés de vert étaient réputés sans égal et chaque année on en expédiait à mes cousins de Marseille. Les petits cubes de lard et les morceaux d’oignons authentifiaient le généreux boudin noir. Les rillons charnus et autres rillettes gardaient de leur longue et lente cuisson la couleur du caramel et la délicatesse de l’attention qu’on leur avait porté. Entourées de leur dentelle de crépine les élégantes crépinettes accrochaient le regard des clients.
A l’évocation du saucisson à l’ail, dont nous mangions avec gourmandise la peau légèrement craquante, il me revient une anecdote, une histoire qui remonte à l’enfance.
Un jour mon frère aîné fut mandaté par maman qui sans doute ce jour là recevait des cousins parisiens pour aller chercher un morceau de ce fameux saucisson. Nous habitions à 4 km de Selommes et nous avions la chance de nous trouver sur la ligne des cars Blois-Vendôme bénéficiant ainsi d’un moyen de transport peu onéreux pour atteindre Blois (pas souvent) ou Vendôme (très régulièrement). Peut-être en panne de vélo, il « prit le car » pour s’acquitter de mission et se rendit à Selommes. Muni d’un sac, d’un peu d’argent et d’un billet aller-retour, il s’acquitta de sa tâche avec sérieux et se dirigea vers l’arrêt du car. C’était sans compter sur de facétieux horaires : en effet deux cars se croisaient à Selommes à peu de temps d’intervalle l’un allant vers Blois, l’autre vers Vendôme. Peu habitué aux transports, il monta dans le mauvais car sans que le chauffeur ne s’aperçoive de sa méprise et se retrouva (avec son saucisson…) sur la route conduisant à Blois. Les détails m’échappent à présent mais je crois qu’il fit part au chauffeur de ses interrogations quant à sa destination. Il alla tout de même jusqu’au terminus et de là revint à Villetrun par un autre car, privant ainsi les convives du fameux saucisson à l’ail ! Je pense que ma mère devait être folle d’inquiétude, alla –t- elle demander de l’aide chez des voisins ? Maintes fois racontée, cette histoire est restée dans la mémoire familiale.
Avant de quitter la charcuterie, il fallait bien sûr s’acquitter du montant de ses achats. Une sorte de petit meuble qui je crois n’avait rien d’un comptoir était installé vers le milieu de la pièce. Madame Rétif se tenait derrière et après avoir fait l’addition sur le papier kraft qui enveloppait tous les achats, elle ouvrait un tiroir et nous rendait la monnaie. Avant de sortir le regard se pose sur des murs un peu flous qui accueillent des tarifs, des mesures d’hygiène, des étagères peut-être garnies de linge blanc.
Tout est propre, soigné, tout a l’odeur du passé, la nostalgie de la jeunesse, le goût de l’enfance.
Je ne crois pas retourner un jour dans cet endroit et je ne sais même pas si j’en ai le désir. Si ce n’était plus, si ce n’était pas…

016 – Le chant de ma rivière

De Duhourcq Roselyne

C’est un cristal mouvant pétillant de fraîcheur
Sous les pierres moussues, la mélodie frétille
Le murmure de l’eau devient une clameur
Où l’on perçoit un monde bouillonnant et subtil
Un monde de quiétude, de douceur et de paix
Bercé par l’élan pur d’un flot qui vagabonde
Un monde si précieux que l’esprit s’y repait
Du bonheur inconscient s’une source profonde
Le chant de ma rivière, c’est un hymne à la joie
C’est un baume apaisant peur et désespérance
Léger et somptueux glissant au fond de moi
Un paradis liquide aux vertus de jouvence
De ce charmant vallon paisible et verdoyant
S’élèvent par milliers des étoiles sonores
Jaillissent sur les rives en paillettes d’argent
Sous le scintillement perles et pépites d’or
Le chant de ma rivière, c’est mon petit secret
Quand évolue la carpe, j’avance à pas de loup
J’observe, attentive ses mouvements discrets
Le nom de ma rivière, elle se nomme GRATTELOUP

015 – La forêt en hiver

De Duhourcq Roselyne

Les arbres ont revêtu leurs habits de dentelle
Ornés de fleurs de glace toutes poudrées d’argent
Sous un napperon de neige un fin rideau de perles
Laisse couler le givre en grappes de diamants
Les sapins tristes et lourds sous leur manteau de lait
Courbent leurs fronts brillants d’un millier (d’étincelles
Et des larmes échappées des étoiles gelées
Tissent un joli rideau où la beauté ruisselle
Que la forêt est belle ainsi parée de blanc
Où le silence règne tout au fond des ramures
Et que j’aime y rêver tout en m’y promenant
D’y humer calmement un air vif et si pur
Mais je sais qu’au village on prépare la fête
Et l’arbre géant croule sous divers ornements
Il a été coupé et planté sur sa tête
Une superbe étoile aux feux éblouissants
Des bougies vont bientôt décorer le sapin
Ainsi que des cadeaux des lumières de Noël
Cependant je préfère ce délicat parfum
De la sève qui rend cette forêt si belle

014 – La chapelle Sainte Radegonde

De Duhourcq Roselyne

Dans un hameau charmant prénommé l’Écotière
Un écrin de verdure où le silence est roi
On aperçoit soudain la silhouette altière
D’une jolie chapelle juste à l’orée du bois
Flanquée de deux tourelles, c’est un portail roman
Qui orne sa façade façonnée dans la pierre
Sa charpente est en fer et son toit élégant
Se compose d’ardoises grâce à la Morandière
Tel était bien le nom de l’architecte blésois
Qui chargé des travaux nomma les artisans
Du maçon au sculpteur animé par la foi
En un travail bien fait, beau et satisfaisant
C’est à Lobin de Tours que l’on doit les vitraux
Lafargue y sculpta la jolie tête d’ange
Dix-huit cent quatre-vingt fut l’année des travaux
Le clergé s’épancha en sérieuses louanges
Pour qui me direz-vous un si bel édifice ?
En l’honneur d’une reine mais aussi une sainte
Epouse de Clotaire engendré par Clovis
Fille d’un roi de Thuringe et souffrant de (contraintes
Enlevée par Clotaire lorsqu’elle était enfant
Sa famille tuée par ce puissant guerrier
La pieuse Radegonde devint reine des Francs
S’inclinant et soumise par cette union forcée
S’employant à soigner, consoler, secourir
Aimée de ses sujets, elle était admirable
Mais lorsque son jeune frère hélas vint à périr
Tué par son époux, elle devint vulnérable
En quittant ce barbare, elle se tourna vers Dieu
Et fonda à Poitiers un très grand monastère
L’abbaye Sainte Croix abrite un bien précieux
L’importante relique, fruit d’une vie austère
Au hasard de sa fuite contre la barbarie
Elle sema ses bienfaits en pays vendômois
C’est ainsi qu’à présent son aura embellit
Notre belle campagne et ses chemins de croix
Longtemps abandonnée la petite chapelle
Ignorée par chacun fut la proie de l’oubli
Mais quelques bénévoles que la foi interpelle
S’attachèrent ardemment à lui redonner vie
Un beau pèlerinage, un brillant patrimoine
Incitent à rendre vrais les rêves les plus fous
Et telle Radegonde devant les champs d’avoine1
Volonté et courage sont de mise à Busloup
1 : Miracle de Sainte Radegonde faisant pousser rapidement l’avoine pour se cacher de ses ennemis