003 – Souvenir d’enfance

De Véro

Qu’est-ce-que le langage ? Jorge Luis Borges disait que : -« C’était un ensemble de citations. » Aussi, je vais commencer ce petit récit, par une autre citation de ce même auteur : – » Le sommeil, on le sait, est le plus secret de nos actes. »
Qu’est-ce-qui peut bien rester en sommeil en nous ?
Est-ce le fait de ne pouvoir exprimer ce que l’on ressent à un moment donné, ou ce que l’on a vécu & que pour multiples raisons, on ne peut identifier, parce-que justement on l’a mis en sommeil ? Ces souvenirs dans le passage d’une vie représentent quelque chose d’intemporel,
c’était notre passé, c’est notre présent & ce sera notre futur. L’enfance, c’est l’oubli & la mémoire, elle est inventive. Se souvenir est également comme le verbe aimer difficile à conjuguer. Je terminerai ce pamphlet, par une citation de Cocteau
– » Son passé n’est pas simple, son présent n’est qu’indicatif & son futur est toujours conditionnel. »

002 – Mort aux chats

De pangur ban

Attention je tiens à préciser qu’aucun animal ne sera maltraité dans ce texte !

Non je n’ai rien contre le chat et c’est volontier que le mien nous suit régulièrement en ballade jusqu’à un petit gue pas très loin de St Firmin où coule « le Réveillon » et dont ma meilleure amie me soutient mordicus qu’on l’appelle la Fontaine de Chatmort.

Alors c’est sur, comme ça, ça n’invite pas vraiment à la rêverie. Et pourtant cet endroit est magique. Rien de bien exceptionnel au départ : après 30 minutes de marche à travers les champs de colza ( prévoir eau, crème indice 50+, cetirizine 10 mg), on découvre au détour d’un virage un petit pont et une sorte de gue plein de caillasses.

Ma fille pose son vélo , moi mon derrière, le chat ( qui nous suit depuis le début) montre des signes inquiétant de déshydratation et je ne sais pas pourquoi mais on se sent immédiatement bien. On enlève nos chaussures, on se glace les pieds dans l’eau ( sous l’oeil désapprobateur de quinquagénaires en randonnée que l’on croierait sponsorisés par une célèbre enseigne de sport) . Une fois les randonneurs partis, on râle un peu car il y a des morceaux de plastique et que quand même c’est pas grand chose de laisser cet endroit propre. On s’assoit sur le petit pont et on mange ensemble en écoutant le bruit de l’eau. Ma fille qui porte un nom de fleur est persuadée qu’elle peut transformer l’arbre qui déborde au dessus de l’eau en une super cabane d’architecte. Le chat reprend ses esprits à l’ombre. Je m’allonge sur le pont pour une petite sieste vite interrompue par un vttiste lui aussi suréquipé et je médite sur la nécessité de se grimer en Lance Amstrong pour faire un tour de vélo.
Je n’ai toujours pas répondu à cette question lorsque ma fille m’appelle pour le rituel sacré du concours de ricochets ( mots dont les moins de 20 ans ignorent souvent le sens mais dont ils comprennent très vite le principe.
Puis je me dis que tout cela est un peu trop parfait et que l’on n’est pas loin de se croire dans une pub pour du jambon, lorsque deux quinquagénaires ( encore !) nous lance un  » mais y va plus rester de cailloux à force et la p’tite, elle va se noyer,). Ce n’est pas forcément agressif mais comme nous sommes assez farouches, je me contente de faire la sourde oreille alors que ma fille grommelle qu’elle nage sûrement mieux que lui dans vingt centimètres d’eau.

Ça y est elle m’a battu 30 à 27 au concours de ricochets et c’est vrai qu’il ne reste plus beaucoup de pierres plates. Alors nous repartons et je vois bien que le chat l’a vraiment mauvaise…