007 – Se cacher pour mourir…..

De : Chloé

En Sologne, l’espace occupé par ces animaux de la forêt est tellement vaste et leur reproduction assurée, que l’attention des habitants du village n’est pas forcément attirée par la disparition de l’un ou de l’autre : ce qui laisse croire que les animaux se cachent pour mourir.
Cependant, la fin étrange d’un beau cerf apprivoisé par la famille d’une  amie Simone B. habitant Bauzy m’interroge encore. Cette grande dame d’une culture certaine m’apprit d’abord qu’elle descendait de la famille de l’écrivain Thomas Moore. Impressionnée par le buste d’une aïeule taillé dans le marbre, j’écoutais Simone avec passion, tout en appréciant le thé qu’elle m’offrait dans un précieux service de porcelaine de Chine. Elle avait le sens de l’accueil et était flattée de me voir emprunter le chemin de sable qui passait devant son manoir. En fait, j’étais la seule personne après le facteur à pouvoir lui donner des nouvelles du bourg éloigné d’un kilomètre cinq. Mais elle ne se plaignait pas, me disant qu’elle avait déjà une belle demeure entourée d’une forêt d’essences multiples (il y avait même des   arbres   exotiques,   sans   oublier   les   champignons).   Pour   meubler   sa   solitude,   elle   observait   son territoire avec des jumelles. Elle percevait le moindre mouvement diurne ou nocturne de ses animaux.
Depuis   la   mort   de   ses   parents,   elle   vivait   seule   avec   son   chien   Olaf,   ce   berger   allemand  qui m’impressionnait à tort, étant données ses mensurations !
Le   décor   est   maintenant   campé.   Du   vivant   de   ses   parents,   un   cerf   magnifique   avait   pris l’habitude de venir au manoir à heures régulières, prendre un petit supplément alimentaire, côté cuisine
de cette belle demeure. Il se laissait approcher par toute la famille, prenait délicatement tout ce qu’on pouvait lui donner et s’en retournait dans la forêt, tranquillement comme il était venu, jusqu’au jour ou le père et la mère de Simone moururent à quelques jours d’intervalles. Le cerf apparut une dernière fois devant la cuisine, leva la tête et huma l’air, comme si des larmes coulaient de ses yeux et il reprit le chemin de la forêt en reculant…Simone ne le revit plus jamais et elle pensa qu’il était mort de chagrin et
Je suis prête à croire qu’elle avait raison…
Bien plus tard son chien Olaf, auquel il ne fallait surtout pas demander de donner sa patte (sinon il aurait mordu même sa maîtresse), contourna à son tour le manoir pour aller mourir dans la nature, sur ce chemin que je lui voyais prendre tous les jours pour la promenade.
Triste mais belle histoire qui prouve que les animaux ne veulent pas imposer les affres de leur mort aux humains auxquels ils étaient si attachés (constat fait personnellement pour la chienne de ma voisine qui me faisait fête chaque fois que je revenais au pays, laquelle contourna aussi ma maison avant de disparaître pour toujours)!
Épilogue : Simone atteinte plus tard d’une maladie incurable, quitta la Lande sur la pointe des pieds et ne donna plus aucune nouvelle. A travers cette histoire, je suis prête à croire que les animaux ont une âme. Je me devais de la raconter et par là-même de rendre hommage à cette amie pour que ceux qui l’ont connue  ne l’oublient jamais.

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