133 – Miroir solaire.

De : Anne

Les orteils enfoncés dans l’herbe, assise sur le talus mon cœur se dilate.
La lune plane en silence cette nuit.
Au dessus des champs, au dessus du Loir.
Au dessus des villes qui palpitent encore et au dessus de celles qui ont été rasées.
La lune dévoile l’autre face des jardins, elle encore plus sombre des parkings, des cours d’usines.
Elle caresse la joue du vieil insomniaque sorti sur son seuil, la tête si douce du nouveau né allaité par sa mère émerveillée.
La lune comme une ponctuation, une pause. Un silence dans la partition jouée chaque jour.
Elle passe indifférente, provoquant l’émotion, au dessus des champs de bataille, au dessus des ruines. Elle donne une illusion d’espoir au sinistrés, aux réfugiés.
La lune traverse la ciel se laissant admirer par ceux qui s’accrochent, par ceux qui luttent.
Elle voyage au dessus des amants enlacés, des enfants rêvant, des travailleurs au repos, des petits et des grands, des riches et des pauvres avec la même constance.
Elle est là pour ceux qui ouvrent les yeux.
Elle l’est pour l’ado qui lâche sa console, enfin, et la prend en plein cœur.
Elle l’est pour l’automobiliste qui quitte la route des yeux pour sa lumière froide.
Elle l’est pour le fuyard gelé qui s’accorde une pause le long du fossé.
Elle se donne à travers les baies vitrées comme à travers les barreaux, à travers les branches, à travers les nuages…
Elle est là pour toi, elle est là pour moi. Et n’est là pour personne.
Elle est celle qui invite au silence… A l’écoute. Celle du monde, celle du cœur.
La lune… La lune est un miroir…
Qui remet l’homme à sa place.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *