101 – Souvenirs

De Anne

Je travaille avec mes élèves sur le kilomètre carré.
Ils ont déjà raconté quelques uns de leurs souvenirs, un ou deux souvenirs de leurs parents, ils ont parlé de l’école, de la neige, de l’arborétum, du stade et…
Et nous nous sommes demandés qui pourrait nous raconter des souvenirs du Loir et Cher, des souvenirs du village.
Les commerçants? Ils travaillent n’ont pas le temps.
Le personnel de ma mairie? Même problème.
La poste? Fermée la plupart du temps.
La médiathèque? Ben ni Émilie, ni Jérémie ne sont d’ici.
Alors…
Ils ont creusé… Et ont trouvé!
Les retraités!! Les retraités ont plein de souvenirs. Et ils sont relativement disponibles pour raconter quelques souvenirs. « Mais maîtresse! Où est ce qu’on va les trouver? On ne va tout de même pas sonner aux portes? »
Non, sonner aux portes, pas bonne idée. Mais la maîtresse a une maman retraitée alors elle sait que quelques uns d’entre eux se retrouvent chaque jeudi après midi pour jouer.
« Pour Jouer? »
Coup de fils à la responsable du club de scrabble, ok, c’est bon.
Coup de fils à une maman dispo pour nous accompagner et c’est parti.
C’est parti pour une visite aux retraités joueurs, c’est parti pour la salle « Charlemagne ». Qui se trouve être dans l’ancienne école.
L’ancienne école où j’ai travaillé.
L’ancienne école où la maman d’élève accompagnatrice a été à l’école.
Où elle a fait son CP dans ma classe. Il y a 24 ans (Ahouch!!! Il y a des chiffres qui ne trompent pas!). Donc nous arrivons sous les fenêtres de l’ancienne école (maintenant maison des jeunes et salle Charlemagne) et j’arrête le rang pour quelques explications. Pour un peu d’histoire locale.
« Voilà l’ancienne école… »
« Oh, mais maîtresse, t’es vieille alors? (là un ou deux protestent « Mais non elle est pas vieille la maîtresse! ») C’est vrai que tu as eu mon beau père comme élève? »
Avec mon ancienne élève nous sourions.
Nous montrons les fenêtre de ce qui fût notre classe et… Un souvenir est tombé. De là haut. Tout pile! Les élèves qui écoutaient ont eu droit au récit de ce souvenir en duo. Et c’était très chouette!
Puis nous avons interviewé les retraités (texte à venir sur le kilomètre carré) et nous sommes rentrés. En rentrant j’ai suggéré à la maman/ancienne élève de publier ici chacune notre version de l’histoire.
Que voici :
J’étais la maîtresse d’un des CP, j’étais dans cette école depuis 2 ou 3 ans déjà mais étant la plus jeune, la dernière arrivée, on m’avait attribué la seule classe au premier étage. J’en étais ravie. Elle était claire, lumineuse avec ses baies vitrées des deux cotés, avait une vue sur toute la vallée et comme était desservie par un unique escalier j’avais une classe à effectif réduit (nous ne pouvions pas être plus de 20 en haut: 19 élèves et la maîtresse).
Bon, cette situation avaient quelques contraintes quand même… Le plancher était bruyant, les escaliers dangereux pour certains de mes élèves (je me souviens d’un qui s’emmêlait les pinceaux à chaque descente mais qui n’est, heureusement jamais tombé).
Bref… L’escalier… Un jour, c’était un samedi matin, l’escalier a pris feu.
Pour de faux, bien sur!
Je ne me souviens pas si les pompiers avaient mis des fumigènes…
Mais je me souviens des consignes: mettez un linge au bas de la porte, réfugiez vous avec vos élèves dans le coin le plus éloigné et asseyez vous au sol.
Attendez les secours.
Je me souviens que c’était un samedi matin parce que les pompiers du village avaient fait venir la grande échelle pour l’événement (et étant pompiers volontaires ils étaient plus disponibles le samedi).
Et c’est par la fenêtre que les secours sont arrivés!
J’étais au courant, bien sur. Mais cela n’a pas empêché l’émotion.
Les CP ont été formidables! Pas un n’a pleuré, pas un ne s’est affolé.
Ils sont descendus, les uns après les autres, entre les bras des pompiers si impressionnants, sans panique.
Les pompiers se relayant. Et de là haut je voyait les têtes de mes petits serrées dans le col des vestes de pompiers dont on les avaient couverts (trois par veste).
Puis vint mon tour. Ce qui amena un peu de  tension entre les soldats du feu, qui serait chargé de me faire descendre? Le chef « gagna » ce privilège et c’est entre ses bras que je suis descendue. Heu… Desssss… Ceeeennn… Duuuuue… Quelle misère le vertige!
D’autant plus que tout le village, les élus, les voisins, les parents assistaient au sauvetage!
J’ai touché le sol sous les applaudissements.
Et, vous me croirez si vous le voulez, c’est la première et la dernière fois que j’ai été applaudie comme ça. A moins que ceux ci aient été à destination des pompiers?