079 – branle bas de combat à Selommes

De : patrick EDGARD

«-Selommes est un village de 730 âmes dont l’origine remonte à l’époque gauloise et gallo-romaine. Notre cité de la petite Beauce aurait pu rester anonyme mais en voyageant à travers son royaume à dos de mulet, le roi Louis Xl aimait séjourner à Selommes et y vint dix-neuf fois pour y retrouver une Dame (surprenant car cet homme était parait-il selon les chroniqueurs…austère) ou se reposer dans le château de Pointfonds construit vers 1430 par la famille de Tibivilliers dont il ne reste, hélas, aujourd’hui que des ruines recouvertes par le lierre »

-Il n’y a pas de château à Selommes ? N’importe quoi Françoise !

-Monique ! Taisez-vous ! Cria la professeure d’histoire-géographie

-Mais madame, c’est archi faux, Selommes est un bled paumé ! C’est ce qui se dit depuis toujours dans ma famille ! Enchérit Monique. Françoise, vexée, monta sur ses grands chevaux.

-Ferme là Monique ! Tu te la joues ma parole… Viens à Selommes et je te montrerais le site…

-Selommes ! Tu rigoles ! Il n’y a rien à voir… Ton village est ravitaillé par les corbeaux et encore… ils ignorent le chemin pour s’y rendre…Trop peur de ne jamais en revenir de ton patelin…

-Mademoiselle Monique ! Vous êtes une insolente et je vous mets quatre heures de colle, vociféra la professeure plantée devant la table de la collégienne effrontée.»

Toute la journée, Monique et Françoise s’insultèrent. Leurs camarades tentèrent de les ramener à la raison : peine perdue. Elles étaient têtues et rancunières… Dans l’autocar qui les ramena à leur foyer, Françoise et son amie Michèle ressassèrent cette mauvaise journée. Françoise, remontée, décida de punir cette furie qui l’avait humiliée pendant le cours d’histoire. Elles convinrent d’un rendez-vous pour le samedi après-midi afin de mettre au point la terrible vengeance. Toute la semaine, la dispute envenima l’ambiance de la classe si bien que les deux chipies furent convoquées chez la directrice… en colère.

«-Mesdemoiselles ! Vous allez immédiatement cesser vos chamailleries car vous pourrissez la quiétude du collège

-Mais madame… La Monique met en doute l’existence du château de Pointfonds et profère des insultes envers mon village et le déshonore ! Et je dois me taire ! Jamais ! J’exige des excuses ! Na !

-Des excuses, des excuses… Tu vas me faire pleurer si tu continues ! Je persiste et je signe : il n’y a pas de château dans ton patelin paumé !

-Ma-de-moi-selle Mo-ni-que, vous a-vez tort !

-N’importe quoi madame !

-Vous osez me contredire ! Insolente ! Je vais convoquer vos parents et le conseil de discipline si vous continuez à être de mauvaise foi et grossière, c’est entendu. Quittez le bureau ! Quant à vous mademoiselle Françoise n’insistez plus, ravalez votre orgueil, l’affaire est close.»

 

 

Arriva le samedi où les deux amies se retrouvèrent… pour établir un plan. Les questions fusèrent et les réponses demeurèrent muettes. Françoise rageait, Michèle prise d’un fou-rire tenta de raisonner son amie, la suppliant de laisser tomber.

«-Jamais ! Je veux l’humilier.

-Tu exagères. La Monique est méchante, jalouse, laisse la s’étouffer mais surtout… Elle est bête à manger du foin, c’est ainsi que mon grand-père qualifie bien des dames du pays.

-Punaise ! Il y va fort ton papy, si les bonne femmes du canton l’entendaient, il se ferait lyncher ton pépé !»

Soudain silencieuses, elles joignirent leurs mains, laissant perler quelques larmes sur leurs joues rosées puis s’étreignirent. La colère murissait dans le corps malingre de Michèle qui soudainement explosa :

«-Monique à compter de cette minute, tu paieras pour avoir proféré des insultes sur Selommes et leurs habitants… Au nom de Saint Bouchard, je m’y engage.

-Oh ! Tu y vas fort mon amie… Nous sommes deux paumées et nous n’avons aucun pouvoir pour mettre à exécution notre punition» susurra Françoise déconfite.

« Michèle ! Il se dit dans le bourg qu’une vieille dame était guérisseuse et médium dans le temps mais j’ignore son nom et sa demeure.

-C’est mon arrière-grand-mère

-Quoi !

-Ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !

-Dis-moi serait-ce possible de la rencontrer ?

Elle n’a plus toute sa tête la mamie… si nous lui parlons de sa passion peut être que la lumière de nos mots réveillera sa mémoire. Il est 16 h, fonçons !»

Elles enfourchèrent leurs bicyclettes, arrivées dans l’allée de la maison de retraite, elles jetèrent leurs bécanes sur la pelouse et telles des furies déboulèrent dans le hall de la bâtisse, perturbant les pensionnaires et le personnel somnolent. La directrice, interloquée, jaillit de son bureau hélant les deux adolescentes

«-Hep ! Mesdemoiselles… Par ici s’il vous plaît ! Cette maison de retraite n’est pas un cirque ! Veuillez sortir immédiatement ! Ouste !

-Bonjour madame ! S’il vous plaît, nous voulons voir d’urgence mamie Sidonie, c’est mon arrière-grand-mère» s’exclama, toute honteuse, Michèle

-Elle ne m’a jamais parlé de vous Madame Sidonie ?»

Michèle décrivit son aïeule pour prouver son affiliation

«Vous êtes convaincue madame la directrice !

-C’est bon ! Mais la prochaine fois, je ne veux plus ce genre de chahut dans ma maison, compris mesdemoiselles !

-Oui madame! Merci madame !

-Chambre 22, 2ème étage»

Les deux péronnelles toquèrent à la porte de la chambre de l’aïeule

« Oui ! A qui ai-je l’honneur ?

-Mamie ! C’est moi Michèle ton arrière-petite-fille et Françoise mon amie !

-Ah ! En voilà une surprise, moi la bannie de la famille, tu te souviens de ton aïeule ma petite-fille ! Que me voulez-vous gamines ?

-Ton aide, mamie Sidonie car des gueuses d’Oucques la Joyeuse ont insulté notre village et ses habitants !

-Quoi ! Ma petite fille, il faut laver cet affront sans tarder. Sacré nom d’une pipe !»

Mamie Sidonie plongea dans le silence, joignit ses mains comme pour prier. Les deux adolescentes restèrent coites. La grand-mère sortit de son monde et interrogea les gamines.

«Qu’ont-elles dit de si désagréable sur not’ pays ces donzelles ?

-Mamie, une dénommée Monique prétend qu’il n’y a pas de château à Selommes même si il est en ruine ! Depuis, elle me pourrit la vie. Je veux me venger et l’humilier.

-Et beh ! Tu as raison, il faut laver cet affront mais de manière i-n-t-e-l-l-i-g-e-n-t-e. C’est l’heure du goûter, passez me voir dimanche après-midi, d’ici là, mamie Sidonie aura mûri une terrible punition et bien des générations s’en souviendront. Rentrez bien mes petites et merci de votre visite.»

Patrick EDGARD (la suite sera réservée aux habitants de Selommes)