061 – Aube

De : Anne

Je suis de ceux qui se lèvent tôt. Pas comme mon mari qui le fait par contrainte, à cause de son travail, alors que sa nature le ferait dormir tard, son horloge décalée sur la soirée. Non, je suis de ceux qui se lèvent tôt et qui l’apprécient.

Le silence de la maison avant le rush de démarrage. Le ciel encore étoilé dans la baie vitrée. L’impression d’être seule au monde. D’avoir le jardin endormi encore pour moi. Et, au milieu des mots que j’aligne chaque matin, je me lève pour admirer l’arrivée de la lumière. Une lueur qui révèle le bord du monde, là bas. Et le chat qui se frotte à mes jambes pour sortir. Bouffée d’air frais. La lueur se change en couleur. Du rose le plus pâle au rouge le plus vif. Le ciel s’embrase. S’ensanglante. La maison s’éveille, les oiseaux aussi qui pépient dans le chèvrefeuille. Je sors pour conduire mon fils à l’arrêt de car et je m’arrête sur le bord du chemin pour photographier l’or liquide qui sert d’écrin aux branches, qui drape la brume au raz du sol. Le soleil chavire par dessus l’horizon et le matin vire à l’orange. La promesse d’une journée à remplir de vie. L’illusion, peut être, que la vie ne peut être que belle après une telle aube.