005 – Sus scrofa

De Anne

Ce week-end là Chris avait du rentrer pour le week-end. Il faut bien rentrer, de temps en temps, pour faire la lessive, mettre son linge dans le panier de linge sale, pour faire le ravitaillement, vider le cellier, et pour revoir les copains. Ceux du collège, du lycée qui ont émigré, eux aussi, mais ailleurs, pour les études, pour le premier job.

Un rendez vous avait été fixé pour une chouille dans la cave à Jean mais il y avait, comme d’habitude, des problèmes de logistique. Cette fois c’est le transport qui coinçait. La voiture de Jason, qui faisait, d’habitude, le ramassage des potes, de villages en hameaux avait terminé au fossé, fichue, trois semaines avant. Celle de Clara qui aurait pu assurer, puisqu’elle était rentrée de Nantes, n’avait pas supporté l’inactivité et ne redémarrait pas.

Alors Chris demanda à son père s’il pouvait emprunter sa voiture.

Sa voiture! Sa précieuse. Une belle, une grosse, une brillante voiture. Quasi neuve.

Chris argumenta, le permis du premier coup il avait eu. Et il était expérimenté, deux ans en conduite accompagnée, quand même!

Chris jura, croix de bois, croix de fer, qu’il ne boirait pas, qu’il ne laisserai aucun de ses copains fumer ou vomir ou faire des galipettes sur les cuirs de la berline.

Chris pleura un peu sur cette chouille qui risquait d’avorter, sur ses mois sans voir les potes pour cause de partielles épuisantes, sur…

Le père soupira et lui confia clefs et papiers, se demandant un instant s’il ne devait pas faire signer à son fils un contrat de bon usage de son rutilant véhicule (il n’en fit rien en se voyant fusiller du regard par sa femme).

Chris assura donc le ramassage. Nickel!

Se faisant charrier par Leslie et Loïc quand il leur demanda de faire attention à la voiture de papa. Ravi d’assurer! Ça pose un homme, quand même, une voiture comme ça! Marie ne pouvait qu’y être sensible, non?

Il était même sorti deux fois de la cave dans la soirée pour vérifier que rien n’était arrivé à la voiture. Les potes peuvent parfois avoir de ces idées nazes (comme la fois où ils avaient monté la Deuche à Manu sur le transformateur électrique).

Et vers cinq heures Chris avait ramené Marie à Thoré (dommage, il aurait préféré la déposer en dernier, histoire qu’elle soit, un peu, seule avec lui. Dès fois que…), Jason à Mazangé, Leslie à Lunay et Clara à Savigny.

Il était à la hauteur des « Coupes » quand il est arrivé.

Enfin arrivé…

Il était là avant l’arrivée de la voiture, à fouir le bord du fossé. Il était furieux d’avoir été dérangé. Furieux et ébloui par les phares il a foncé.  Tête baissée, les épaules en avant, comme le font ceux de son espèce, à l’assaut de la carrosserie.

Le choc a été terrible, le bruit épouvantable.

Mais Chris, cramponné au volant, à réussi à rester dans l’axe, à rester sur la route. Il a même réussi à stopper la voiture sur le coté, à mettre les feux de détresse avant de se mettre à trembler comme une feuille, à grelotter comme au milieu de l’hiver, à avoir des nausées comme s’il avait bu (ce qu’il n’avait pas fait malgré les tentations).

Bon, bon, bon (non! Pas bon, pas bon, pas bon!), Chris s’obligea à se calmer.

Puis à sortir de l’habitacle.

Le sanglier était entré de plein fouet dans l’aile avant droite. La portière semblait faussée elle aussi. Le feu pendait lamentablement.

Lamentablement.

La misère!!!

Chris pensa à son père.

A la colère de son père.

Il fallait lui prouver qu’il n’y était pour rien. Que les dégâts n’était pas le résultat d’une priorité à droite refusée. Que les dégâts étaient bien dus au sanglier.

Le sanglier. Il gisait sur le flanc, immobile.

Saloperie de bestiole!

Oh, oui, saloperie, et lourde en plus! Chris peina, tirant, poussant, soufflant, à hisser la bête dans le coffre de la voiture. Il allait l’amener chez les gendarmes. Les gendarmes pourraient témoigner de sa bonne foi. De sa non responsabilité.

Il était en train de songer qu’il aurai du protéger la moquette du coffre, pour éviter de la tacher, quand, traversant Valeron, il entendit du bruit.

« Nonnnnn! », gémit-il se rendant compte de l’ampleur de son erreur.

La bête n’était pas morte. La bête se réveillait sa fureur décuplée.

Chris paniqué l’entendait ruer, foncer, déchirer la banquette.

Chris accéléra soudain son objectif encore loin, il fallait se dépêcher!

Quand il se gara, en catastrophe à la grille de la gendarmerie, pendant qu’il hurlait à l’aide dans l’interphone le sanglier traversa la banquette, son cuir fauve et soigné, pour s’attaquer au reste de l’équipement.

Le gendarmes hirsute, en jogging, n’en est pas revenu (et pourtant il en a vu…).

Le danger sautait, déchirait, saccageait la voiture, là sous ses yeux. Il ne savait que faire. Il en référa à son supérieur, point trop ravi d’être réveillé de si bon matin un dimanche. Le supérieur décida d’arrêter le massacre. En faisant tirer sur le monstre (leurs armes n’étant pas assez puissantes pour tuer ce coriace animal il du faire appel aux chasseurs). A travers le parebrise arrière (de toute façon à ce train là le parebrise n’aurait pas fait long feu).

Même avec le témoignage des gendarmes, avec sa mère en paravent Chris allait devoir annoncer à son père que sa précieuse n’était plus… Et il pensa que désormais il allait devoir chercher l’adresse d’un lavomatic et apprendre à faire ses courses, qu’il n’était sans doute pas prêt de revoir Marie parce qu’après un coup comme ça…

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